lundi 6 juillet 2009

Dans les coulisses de l'agrégation de maths

Dans le monde des maths actuelles, l'agrégation est un mythe en péril. Existant depuis 1841, elle risque, comme la plupart de ses consoeurs d'autres matières, de disparaître sous les coups de boutoirs incessants du gouvernement du Sark. Aussi, avant que le vilain petit bonhomme ne mette à exécution ses vils projets, les Chroniques Mathématiques se devaient d'aller enquêter sur le terrain et voir à quoi elle ressemblait.
Un envoyé spécial a donc été dépêché sur place. Nous passerons sur l'écrit qui ressemble à n'importe quel autre écrit de concours comme deux gouttes d'eau, à ceci près qu'on y fait des maths, et nous intéresserons à l'oral.
Deux jours avant ses oraux, notre envoyé spécial, à la recherche d'un costume pour ne pas avoir l'air d'un guignol et se faire repérer trop vite, se rend compte que ceux de son frêre, sur lesquels ils comptaient, ne sont pas à sa taille. Un coup de panique plus tard, il en achète un le lendemain, et débarque à son premier oral muni de tout ce qu'il faut.
Première surprise à l'accueil des candidats : la moitié des gens sont en jean et baskets, et la moitié encore de ceux-ci (ce qui fait un quart du total, pour ceux qui n'ont pas l'habitude intense de calcul des matheux) n'avait pas jugé nécessaire de mettre une chemise. "Bah merde alors, je pensais que c'était un concours de recrutement, où est-ce que je suis tombé?" se demande-t-il dans son langage toujours châtié. Une vérification plus tard, on est bien au bon endroit, et il s'avère simplement que les matheux ont une conception de l'oral de concours un peu spéciale... Un peu plus tard, à l'heure prévue (et même à la seconde près), on vient chercher les candidats convoqués à la même heure que lui, et tout ce petit monde se dirige vers une pièce appelée "bibliothèque".
Bibliothèque, c'est un bien grand mot... Imaginez une pièce carrée de cinq mètres sur cinq, dont les côtés sont munis de tables sur lesquelles s'empilent un certain nombre de livres de maths, absolument pas rangés dans quelque ordre que ce soit, rendant par-là même impossible de trouver celui qu'on souhaiterait. Heureusement, certaines préparations ont apporté leurs malles de livres, bien rangées et accessibles. Ainsi si la plupart des candidats apporte ses propres livres ou découvre avec stupeur qu'ils ne trouveront jamais ceux qu'ils souhaitent dans le bordel innommable de la salle dans un temps raisonnable, les plus malins (et les moins scrupuleux) se servent ouvertement et sans vergogne dans les malles très bien équipées des ENS.
Après avoir tiré leurs sujets, puis choisi les ouvrages voulus pour préparer celui-ci, les candidats sont alors priés de les ranger avec leur matériel pour la préparation (stylo, bouteille d'eau, etc) dans une espèce de caisse, et sont emmenés à l'autre bout du lycée (pourquoi mettre les salles à côté, ce serait trop simple...) pour effectuer leur préparation. Notons au passage que le temps de préparation de trois ou quatre heures a commencé à s'écouler depuis le tirage des sujets, et que les candidats souvent habitués à préparer leurs leçons en trois heures pleines découvrent avec déplaisir qu'ils n'auront pas plus de deux heures quarante-cinq. Pendant ce voyage de quelques minutes, on croise par-ci par-là des candidats qui attendent, d'autres qui viennent de finir, et qui, inconscients qu'ils sont aussi passés ou passeront aussi par là, ricanent bêtement devant cette file de moutons se baladant avec des caisses surchargées de livres et hyper lourdes dans un lycée vide, tirant des têtes de six pieds de long comme s'ils allaient à l'abattoir.
On passera sur les détails techniques des oraux eux-mêmes, qui n'intéresseront que les matheux et les grands malades. On se contentera de remarquer que l'indigence vestimentaire ne se limite pas aux élèves, et que plusieurs membres du jury sont habillés en short et tongs; assis à côté d'autres examinateurs en costume cravate et tirés à quatre épingles, l'effet comique est de premier ordre.
Trois oraux plus tard, pour chacun desquels ce cérémonial particulièrement savoureux a été reproduit à la lettre, notre envoyé termine avec joie ce chemin de croix, et se croit débarrassé de (je cite) "ces conneries". Que nenni! Au moment de se tirer une bonne fois pour toute, les candidats sont appelés pour un entretien avec l'inspectrice générale intérimaire. Sous ce nom pompeux se cache une petite vieille bien suffisante, prenant les gens en face d'elle pour des crétins, et faisant de l'humour à deux francs cinquante dont on se passerait avec plaisir. Elle fait remplir un questionnaire sur leurs études précédentes aux candidats, en s'adressant à eux comme à des enfants de quatre ans, pour trouver des gens susceptibles d'effectuer leur stage de validation de l'agreg en classe prépa. Un petit entretien personnel avec elle plus tard, pendant lequel elle se contente de répéter bêtement ce qui est marqué sur la fiche, faisant confirmer au candidat qu'elle lit correctement ce qu'il a déclaré, et de souhaiter bonne chance à tout le monde, notre envoyé et ses collègues sortent enfin du lycée Berthelot, et laissent libre cours à leur joie (ou à leur détresse, ça dépend).
Interrogés après la fin des oraux, tous les candidats, bien que souvent déçus, soit d'avoir pris une (ou des) tôles(s), soit d'avoir moins brillé que ce qu'ils espéraient, avaient le même mot à la bouche : soulagement. Chacun y allait de sa petite anecdote sur un point ou un autre de son oral, ou du cérémonial raconté plus haut, et, enfin détendu, rigolait bien en repensant à ces trois jours de stress et de galères.
Soucieuses d'aller au bout des choses, les Chroniques Mathématiques ont aussi une envoyée spéciale de choc et de charme à l'oral du CAPES de maths, bien connue de certains de nos lecteurs sous le pseudonyme de La Bev, et qui termine sa préparation dans le plus grand sérieux. Nous lui souhaitons à nouveau tous nos voeux de réussite, et comme on dit vulgairement : Merde!!

1 commentaires:

  1. Un coup de panique plus tard; une vérification plus tard; un peu plus tard; tout ça en 12 lignes. Il va peut-être falloir que je réapprenne à écrire...

    RépondreSupprimer