vendredi 17 juillet 2009

Public Ennemies

Dernier né de Micheal Mann, Public Ennemies, avec Johnny Depp et Marion Cotillard dans les rôles principaux, relate les frasques puis la cavale de John Dilinger, grand braqueur de banque américain, qui est un peu le Mesrine d'outre-atlantique.
N'ayant pas vu les deux films récemment consacrés à l'ami Jacky, je ne peux pas dire dans quelle mesure ils ont pu inspirer celui de Micheal Mann, qui vient tout de même très peu après sur un thème carrément similaire. On peut d'ailleurs noter que le thème n'est pas nouveau chez Mann, puisque son meilleur film, Heat, est aussi l'histoire d'un braqueur de banque. D'ailleurs, le réalisateur n'a pas hésité à se plagier lui-même, et c'en est rapidement franchement énervant. Même parallèle entre le braqueur et celui qui le poursuit, même mise en abîme du duel entre les deux, même histoire de la fille récemment rencontrée que le "méchant" espère emmener dans sa retraite, et qu'il devra se résigner à laisser derrière lui, et le duel prend fin de la même manière. Le film va même jusqu'à plagier des scènes, notamment le coup de fil de Depp à Cotillard au milieu du film, qui me rappelle franchement celui de Val Kilmer à sa femme dans Heat.
A partir de là, il est difficile de juger le film par lui-même et non en comparaison avec "l'original". Et si Heat est un véritable chef-d'oeuvre, qui reste un de mes films préférés, Public Ennemies est franchement moins bon. Moins maitrisé dans le style et la forme, il pêche surtout par son scénario. Déjà, un certain nombre de scènes sont peu crédibles, car un peu trop caricaturales; témoin le moment où le personnage principal aborde Cotillard : la scène est bâclée, et on se contente d'une petite phrase choc de Dillinger et de sa classe naturelle pour expliquer l'ascendant terrible qu'il prend alors sur elle, sans chercher une seule seconde à explorer le personnage féminin. Il aurait suffi de creuser un tout petit peu plus le personnage, de lui donner un passé et des sentiments, voire même (je sais j'en demande beaucoup) un peu de caractère, pour donner un peu plus de sens au film. Les autres personnages ne valent guère mieux: le flic qui poursuit Dillinger, joué par Christian Bale, est d'une pâleur incroyable, surtout comparé au personnage trouble de Pacino dans Heat. Les acolytes du braqueur sont pour la plupart des bandits violents, arrogants et assoiffés de sang; à l'exception des deux membres les plus proches de son gang, qui sont un peu plus complexes et moins idiots. Enfin le seul vrai point positif vient des quelques scènes avec le directeur du FBI John Edgar Hoover, cruel, autoritaire et sans concessions, admirablement rendu par Billy Crudup.
Au-delà du scénario, l'autre bon côté du film est la qualité des scènes d'action. Les braquages se font à cent à l'heure, avec une grande violence, et sont franchement bien filmés. Les quelques poursuites en voiture sont aussi de qualité. On ne cherche pas à nous faire croire que les voitures sont aussi puissantes que dans Fast and Furious, on sent bien que tout ça se passe à une vitesse qui nous paraitrait un peu dérisoire, mais qu'elle ne l'était pas à l'époque. Très réalistes, toutes ces scènes font une belle impression.
Passons au cas de Mademoiselle Cotillard. Je sais bien qu'elle est adulée aux Etats-Unis depuis son rôle d'Edith Piaf et l'oscar qui allait avec, mais je suis sidéré qu'on puisse parler d'une grande performance d'actrice. D'ailleurs, quand bien même elle l'aurait voulu, ce n'aurait pas été possible : on la voit dix minutes au moment de sa rencontre avec Dillinger, puis deux minutes le temps du coup de fil que j'évoquais plus haut, et enfin dix minutes à la fin du film. A chaque fois elle n'a aucune prise sur l'histoire, elle est toujours un personnage passif, qui subit les actions des autres et qui n'existe somme toute que pour montrer la force de caractère de Dillinger, capable de lui inspirer autant d'admiration. Même alors elle aurait pu nous offrir une belle composition si elle avait eu de la profondeur, notamment au niveau des raisons au fait qu'elle soit si impressionnable et soumise au héros; mais comme je le disais plus haut, son personnage n'est pas creusé, ne lui permettant pas de montrer quoi que ce soit.
Pour finir, un film que je ne conseille pas forcément, mais si on veut quand même le voir, autant le faire au cinéma, où les scènes d'action auront beaucoup plus d'impact. Et puis la plus grande qualité que je dois bien lui concéder, c'est que ça donne franchement envie de (re)voir Heat, ce que je vais probablement faire de ce pas.

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